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19 mars 2026

Souveraineté numérique : l'Europe veut reprendre le contrôle

Découvrez en plus à travers cet article sur la souveraineté numérique


80 % des dépenses européennes en logiciels et services Cloud sont captées par des entreprises américaines, selon le Cigref. Le coût de cette dépendance est estimé à 265 milliards d’euros. Depuis l'été 2025 et le regain des tensions géopolitiques avec les États-Unis, une prise de conscience collective s’est opérée.

Ces derniers mois, Donald Trump a multiplié les menaces envers les pays européens : augmentation des droits de douane, restrictions à l'exportation de technologies et de puces américaines… Le président américain est allé jusqu’à menacer de leur “couper Internet”. À ce chantage économique s’ajoute un risque d’espionnage. Le Cloud Act américain et le Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA) permettent aux autorités américaines d’accéder aux données des organisations européennes lorsque celles-ci sont gérées par des entreprises relevant de la juridiction américaine. Face à ces menaces, l'Europe et la France multiplient les initiatives pour renforcer leur souveraineté numérique.

 

Un arsenal réglementaire pour reprendre le contrôle des données européennes

Ces dernières années, l'UE a promulgué plusieurs réglementations pour renforcer la souveraineté numérique de ses États membres et de leurs organisations : 

  • Le RGPD : il réglemente la collecte, le stockage et l'utilisation des données personnelles des résidents européens. Tout acteur opérant sur le sol européen doit s'y conformer. Il encadre aussi les transferts de données en dehors de l'UE.
  • La directive NIS2 : elle définit des exigences de cybersécurité pour les entités essentielles dans le but de réduire leur surface d'attaque face aux cybermenaces extérieures.
  • Le Data Governance Act : il encadre le partage et la réutilisation des données entre les acteurs publics et privés au sein de l'UE. Son but est de créer un cadre de confiance pour la circulation des données à l'échelle européenne.
  • Le Data Act : il concerne spécifiquement les données générées par les objets connectés. Cette réglementation facilite leur portabilité Cloud afin de mettre fin aux pratiques de rétention abusive des fournisseurs, qui empêchaient souvent leurs clients de les rapatrier facilement.
  • Le Digital Services Act (DSA) & Digital Markets Act (DMA) : ces textes imposent aux mastodontes du numérique (Google, Meta, Amazon…) des obligations de transparence, d'interopérabilité et d'ouverture. L’objectif est de réduire leur capacité à verrouiller les utilisateurs et les entreprises européennes dans leurs écosystèmes propriétaires.
  • L’European Digital Identity (eIDAS 2) : ce règlement européen pose les bases d'une identité numérique européenne unifiée et portable, permettant à chaque citoyen et organisation de s'identifier en ligne sans dépendre de solutions tierces non-européennes.
  • L’European Cybersecurity Act : il crée un cadre de certification européen commun permettant aux organisations d'identifier et de privilégier des solutions technologiques souveraines et de confiance.
    Ces textes posent les fondations d’une souveraineté numérique européenne. La prochaine étape consiste désormais à cartographier les dépendances et à donner aux organisations les moyens d'agir pour s’affranchir des technologies extra-européennes.


Des initiatives pour piloter et accélérer la souveraineté numérique européenne


Au-delà des textes, la France et l'Europe ont engagé une série d'initiatives concrètes pour passer de l'intention à l'action :

  • L'Observatoire de la souveraineté numérique : fondé en avril 2025 et rattaché au Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, il a pour objectif de cartographier les dépendances critiques de la France vis-à-vis de fournisseurs non-européens. Ses travaux permettent aux décideurs publics et aux acheteurs privés de disposer d'une vision claire des risques, et alimentent directement les référentiels de l'Indice de Résilience Numérique.
  • L'Indice de Résilience Numérique (IRN) : lancé en janvier 2026 à Bercy, cet indicateur doit permettre à toute organisation de mesurer objectivement son niveau de dépendance numérique. Il prend la forme d’une note sur 100, assortie d'un score R (Résilient) conçu pour être présenté en COMEX.

Porté par l'association aDRI, il est accompagné du Baromètre de Souveraineté Numérique (BSN), qui mesure quant à lui les tendances et l'évolution de la souveraineté numérique à l'échelle sectorielle et nationale. Ensemble, ils ont vocation à devenir un référentiel international, avec une extension européenne prévue dès 2026.

  • GAIA-X : cette initiative franco-allemande a pour but de construire une alternative crédible aux hyperscalers américains en proposant un écosystème Cloud européen interopérable et de confiance.
  • L’European Alliance for Industrial Data, Edge and Cloud : cette alliance lancée par la Commission européenne réunit des industriels et fournisseurs technologiques européens pour garder la maîtrise des données produites par l'industrie européenne et éviter qu'elles ne migrent vers des infrastructures hors UE.
  • Le Programme Digital Europe : ce programme de financement de l'UE s'élève à 7,5 milliards d'euros pour soutenir la transformation numérique souveraine, notamment sur les sujets de cybersécurité, d’intelligence artificielle et de Cloud de confiance.
  • Next Generation Internet (NGI) : lancée en 2018 par la Commission européenne, cette initiative a soutenu plus de 1 400 projets open source dans le but de développer des alternatives souveraines et décentralisées qui mettent notamment l’accent sur la protection de la vie privée, la transparence et la souveraineté des données.

Les risques de dépendance technologique et d’espionnage pèsent de façon toujours plus importante sur les organisations européennes. L’Union européenne se dote d’un arsenal réglementaire et multiplie les initiatives pour y répondre. Cependant, la souveraineté numérique se construit avant tout dans les choix technologiques du quotidien. Pour les DSI et RSSI, adopter des solutions de collaboration et de mobilité sécurisées, hébergées en Europe et qualifiées par l'ANSSI est la meilleure manière de transformer cet engagement en actes concrets.